Internet est mobile first

A une époque pas si lointaine, on parlait du mobile comme d’une dimension supplémentaire à ajouter sur son site web. C’était il y a à peine deux ou trois ans.

Il fallait prévoir une version adaptée aux smartphones, en responsive design ou via une application mobile.

C’est que le web, tel qu’il a été originellement inventé, était conçu par et pour le desktop. Nous avons été conditionné à réfléchir ainsi: desktop first. Tout simplement parce que le mobile n’était pas prêt et que la technologie ne permettait pas de faire mieux. On se rappelle douloureusement des balbutiements de la navigation internet sur mobiles avec la technologie WAP.

En 2007 pourtant, arrive l’iPhone.

C’est le big bang. Depuis, le mobile n’est plus devenu une dimension supplémentaire, mais LA dimension principale. J’ai mis un moment à m’en rendre compte car je ne viens pas de ce monde-là. Je fais partie de ceux qui ont grandi avec des ordinateurs fixes voire des laptops. J’ai donc toujours analysé cette nouvelle dynamique sous ce prisme-là.

Pourtant, le mobile est aujourd’hui l’appareil principal pour chacun d’entre nous.

  1. On se réveille le matin, on checke ses mails.
  2. On écoute de la musique via son portable, soit avec des écouteurs, soit avec des enceintes connectées.
  3. On consulte son Facebook en attendant l’ascenseur, dans le métro ou en pleine séance au travail.
  4. On prend des photos avec son smartphone, qu’on partage instantanément avec son réseau.
  5. On téléphone ses amis, on leur écrit des messages sur Messenger ou Whatsapp.
  6. Bientôt, on payera avec son smartphone (si ce n’est pas déjà le cas).
  7. Etc.

Les caractéristiques des mobiles sont bien plus riches que les ordinateurs fixes:

  1. Les mobiles sont personnels.
  2. On les prend partout avec soi.
  3. Ils possèdent des capteurs.
  4. Ils permettent la géolocalisation.
  5. Ils permettent les payements dans les magasins.
  6. Ils sont faciles à utiliser.

Si l’on en doute encore, les chiffres, eux, sont têtus. L’utilisation d’ordinateurs fixes ou portables chute.

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Quelles leçons en tirer?

+ Le terme « mobile » est trompeur. Les internautes utilisent leurs smartphones et tablettes autant chez eux qu’en déplacement. Par « mobile » il faut entendre un appareil qu’on peut utiliser tant au salon, qu’à la cuisine que dans l’avion. Par opposition à un ordinateur fixe qui reste lui sur un bureau. Il s’agit donc des tablettes et des smartphones.

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+ Le mobile génère une meilleure adhésion auprès du public féminin. Bien que moins marquées, les données démographiques sont similaires lorsque l’âge augmente.

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+ Certaines entreprises misent tout sur le mobile. Pour Apple, l’iPhone est l’appareil qui lui rapporte le plus de toute sa ligne. Pour Google, Android est devenu une pièce maîtresse pour connecter tous les appareils électroniques au web.

+ Les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas grandi avec des ordinateurs fixes. Ils ont appris à utiliser des iPods, des tablettes ou des smartphones. C’est pour eux la voie naturelle du digital. Il y a selon moi quatre générations:

 (1) Avant 1980: ceux qui n’ont pas grandi avec les ordinateurs.
 (2) 1980 à 2007: ceux qui ont grandi avec les ordinateurs.
 (3) 2007 à ?: ceux qui ont grandi avec des appareils mobiles.
 (4) ? à ?: ceux qui ont grandi avec toutes sortes d’appareils connectés (internet of things).

+ Plus qu’une dimension supplémentaire d’un site web, le mobile est devenu une dimension supplémentaire de l’être humain. Ces objets se mêlent si bien à notre quotidien, de manière si peu obstructive qu’ils en deviennent naturels. Qui remet en question son iPhone ou son Android? Ils nous accompagnent toute la journée, partout où l’on va. En cela, ils sont beaucoup plus efficaces qu’une ordinateur fixe.

+ Cette place n’étant plus contestée dans la société et largement adoptée dans le monde entier tant par les femmes que les hommes, la position du mobile ne cesse d’être renforcée. A l’avenir, cela sera le hub principal pour allumer la lumière dans une pièce, changer de chaîne sur notre TV, ou écouter de la musique dans sa voiture, etc.

+ On ré-imagine la création de contenu sous ce prisme.
 (1) Avant on écrivait un email, aujourd’hui on envoie un « snap » (snapchat).
 (2) Avant on faisait un album sur Flickr, désormais on poste une photo sur Instagram.
 (3) Avant on prenait son discman avec soi, désormais on streame la musique.
 (4) etc.
 Plus simple, plus efficace, plus rapide, mais surtout: plus direct.

+ Les grands médias en prennent acte et s’allient aux grands du web pour distribuer leurs contenus (lire notamment: l’émergence du distributed content). Il faut désormais publier là où l’audience se trouve sur les applications que les internautes utilisent.

+ Les Apps deviennent de plus en plus importantes. Certains applications phares d’aujourd’hui n’ont tout simplement pas de site internet… Snapchat par exemple. Parfois, le site internet est créé après l’application, ce fut le cas pour Instagram ou Vine. Le modèle traditionnel est inversé, l’application d’abord, le site ensuite.

+ Les applications ne reposent pas sur une logique de liens, ce qui fragilise la position des moteurs de recherche et navigateurs web.

+ Les fabricants se concentrent davantage sur les tablettes et les smartphones au détriment des laptops et ordinateurs fixes. Apple a abandonné sa ligne de MacBook Pro 17″.

+ Je ne crois pas en l’abandon du desktop. Ecrire un document, remplir des cellules dans Excel, coder, retoucher une image, tout cela est plus confortable sur un ordinateur fixe. Mais cela ne nécessite pas nécessairement une machine chez soi, cela peut être fait sur des servers distants, Google Docs, par exemple. La puissance n’est pas en local mais délocalisée.

+ Le prochain trend, c’est les objets connectés. Nous n’en sommes qu’au début, mais à terme, tout devrait interagir, façon matrice de la planète Pandora dans Avatar (no shit).