Sapiens, une brève histoire de l’humanité

Livre magistral qui décrit sur le temps long le parcours de l’Homo Sapiens, de ses origines à nos jours.

Ce qui m’a plu dans ce livre, c’est que l‘auteur fait une analyse sans concession de notre espèce. Non seulement de notre place dans l’écosystème — nous sommes parvenus à dominer toutes les autres espèces à leur détriment — mais aussi entre Homo Sapiens — l’homme est un loup pour l’homme comme disait si bien Hobbes.

Tout commence il y a des milliers d’années, lorsque l’homme n’est encore qu’un chasseur-cueilleur. A cette époque, il est menacé par son environnement et n’a pas les outils nécessaires pour affronter la faune sauvage. L’auteur le dit lui-même, l’homme mange souvent les restes que les vautours et les prédateurs ont laissé sur les carcasses. Cet état de fait dure plusieurs siècles avant qu’enfin l’homme s’extraie de son état par ses facultés sociales et intellectuelles.

L’auteur explique en effet que l’être humain est le seul à imaginer des mythes communs auxquels tous adhèrent et qui lient les uns aux autres. Ce sont ces capacités sociales d’une part et intellectuelles d’autre part qui vont faire la différence par rapport aux autres espèces.

Le secret réside probablement dans l’apparition de la fiction. De grands nombres d’inconnus peuvent coopérer avec succès en croyant à des mythes communs.

C’est parce qu’il y a ce ordre imaginaire commun que les humains coopèrent et ont façonné le monde tel qu’on le connaît aujourd’hui. Trois facteurs fondamentaux vont alors intensifier ce processus d’unification:

  • l’argent;
  • la religion;
  • les empires.

Premièrement, l’argent permet de créer de la confiance entre un acheteur et un vendeur qu’ils soient de religions, langues ou cultures différentes. Dans ce cadre, le commerce a intensifié les relations entre des ensembles de natures très différentes et a donc permis la diffusion des idées. Deuxièmement, les empires ont permis malgré tous leurs défauts d’unifier des espaces vastes tout en préservant certaines particularités locales. L’empire romain est un bon exemple, puisque les institutions romaines ont été introduites dans les régions conquises alors que les peuples soumis étaient libres de croire aux dieux qu’ils souhaitaient. Enfin, les religions unifient des peuples autour de croyances communes au delà des frontières.

L’auteur postule donc que le mouvement de l’histoire tend vers l’unification de l’humanité.

bien plus qu’ils ne sont généralement prêts à le reconnaître, tous les êtres humains sont européens dans leur habillement, leurs pensées et leurs goûts. Ils peuvent bien être farouchement anti-européens dans leur rhétorique, presque toute la planète voit la politique, la médecine, la guerre et l’économie par les yeux des Européens, et écoute de la musique écrite sur des modes européens avec des paroles en langues européennes.

Et c’est devenu tellement que le cas que les pays sont devenus interdépendants.

La plupart des pays ne lancent plus de guerre de grande ampleur pour la simple raison qu’ils ne sont plus indépendants. Bien que les citoyens d’Israël, de l’Italie, du Mexique ou de la Thaïlande puissent nourrir des illusions d’indépendance, le fait est que leurs gouvernements ne sauraient conduire des politiques économiques ou étrangères indépendantes, et sont certainement incapables de lancer et de mener de leur propre chef une guerre de grande ampleur. Nous assistons à la formation d’un empire mondial (voir le chapitre 11). Comme les précédents empires, celui-ci impose la paix à l’intérieur de ses frontières. Et comme celles-ci enferment la Terre entière, l’empire mondial fait effectivement régner la paix mondiale.

Tout ne s’est pas fait sans douleur. Le communisme par exemple a uni de nombreux hommes autour d’une même pensée mais a aussi entrainé beaucoup de souffrances. Le capitalisme aussi. Sommes-nous donc plus heureux que notre ancêtre le chasseur-cueilleur. La question est posée par l’auteur mais pas répondue car la discipline historique s’est peu intéressée à cette métrique.

Enfin, l’auteur termine en tentant d’imaginer ce que sera l’homme du futur.

Assurément, le livre ne prétend pas être exhaustif. Ce serait de toute manière difficile de le faire en un seul ouvrage mais réussit le tour de force de mettre de la perspective sur ce que nous sommes.